Le respect des victimes et de leur famille
Autant je trouve outrancier la cérémonie des Invalides, autant je trouve indécent la manifestation contre l'intervention en Afghanistan à Castres.
Nulle cérémonie, nul éloge funèbre ne pourra remplacer la perte d'un être cher. Plutôt que des remises de décorations à titre posthume il aurait mieux valu éviter le déplorable accueil des corps en France où les familles étaient contraintes d'attendre l'arrivée du Premier ministre avant de se recueillir sur les cercueils des disparus. Encore que là aussi, les manquements dans la réception des corps étaient tellement flagrants que les familles ont hué les autorités. Lorsque Sarkozy récupéra la mort de ces soldats pour faire un réquisitoire pour l'intervention en Afghanistan on frôle le sordide.
Par ailleurs, je trouve tout aussi indécent de manifester contre la guerre en Afghanistan dans la ville même où les familles des disparus vivent. Je ne suis pas contre la manifestation en soi mais contre le lieu de son déroulement. Un peu de décence......

L'analyse militaire

J'aurai tendance à dire laissons les militaires faire leur retour d'expérience. Je suis contre la langue de bois qui cherche  à rejeter le mot "guerre" au nom d'une dialectique du passé (tiens je croyais que le passé était mort?). Faudra t-il attendre plusieurs années comme ce fut le cas après la guerre d'Algérie pour parler de guerre au lieu de maintien de l'ordre? Au -delà de cette querelle sémantique , essayons justement de retenir les leçons du passé; Je suis frappé par l'analogie entre la guerre d'indépendance de l'Algérie et celle qui se déroule actuellement en Afghanistan : similitude de tactique, de terrain, de réactions des populations.
En premier : prendre au sérieux les adversaires dans cette guerre. Comment peut-on avouer un manque de considération pour des soldats qui ont déjà fait leurs preuves contre une des plus grande armée du monde, celle de l'Union Soviétique. Ce genre de mépris nous a coûté beaucoup par le passé. Comment envoyer dans une zone inconnue des troupes sans munitions et sans appuis. Aurait-on oublié les savoir-faire des "bataillons de chasse" en Algérie? Bien sûr les armements ont changés. Bien sûr le contexte médiatique est différent. Mais comme en rugby il reste des "fondamentaux". Revenons donc à ceux-ci : rapport de forces favorables dans une action - effet de surprise - soutien logistique .....

L'analyse politique

Autant je me garderai bien d'aller plus loin dans l'analyse militaire du conflit en raison de l'éloignement pris avec les tactiques nouvelles et tout simplement celui du terrain, autant il nous faut réfléchir sur les questions que pose l'intervention en Afghanistan:
- pourquoi nous nous sommes engagés?
- pour quels résultats?
- que devons nous faire par la suite?

Pourquoi nous nous sommes engagés?

Officiellement les enjeux étaient les suivants :

-          lutter contre le terrorisme : montrer que l’on ne pouvait laisser impunément se développer des plates-formes d'entraînement au terrorisme. La France et l’Europe apportant leur témoignage de solidarité transatlantique

-          s’opposer à un retour de l’ordre taliban qui contribuerait à déstabiliser le Pakistan voisin, lui-même gangrené par les islamistes. Or, Islamabad détient plusieurs dizaines d'ogives nucléaires qui ne doivent à aucun prix tomber entre des mains terroristes.

Pour quels résultats?

-          S’opposer  à l'ordre islamiste et féodal  des talibans

L’ordre islamiste et féodal subsiste :

-          Liberté de la Presse (Ref Rapport 2007 « Reporters sans frontières »)

400 publications, 50 radios privées, cinq agences de presse et six chaînes de télévision nationales. Oui mais “La liberté de la presse s’arrête dès que vous parlez d’un chef de guerre ou d’un haut officiel”, affirme Mohammad Hassan Wolesmal, rédacteur en chef du Afghan Milli Jarida, dont le domicile a été attaqué en mars après la publication d’un article critique envers le président Hamid Karzaï.

Les chefs de guerre et tous ceux qui sont protégés par des milices privées ne croient pas à la liberté de la parole et tentent d’imposer censure et autocensure aux journalistes.

-          La liberté de femmes

Les chefs de guerre ont remplacé les talibans en adoptant des politiques similaires envers les femmes.

  • À Herat, les femmes n’ont pas le droit de conduire, de discuter de politique à l’université, de pratiquer des sports, de faire de la musique ou de sortir de chez elles sans porter la burqa.
  • Rasul al-Sayyaf et Burhanuddin Rabbani ont publiquement condamné Mme Sima Samar, qui dirige la Commission afghane des droits de la personne, et ont fabriqué de fausses accusations contre elle pour comportement " non islamique ". 

-          La stabilité politique

Aujourd’hui se joue en Afghanistan une colossale partie d’échecs. On retrouve d’un côté les chefs de guerre, qui veulent fragiliser le gouvernement central, contrôler le pouvoir dans les régions et réduire les femmes au silence. Ils sont généreusement financés par des acteurs du Pakistan, d’Arabie saoudite et d’Iran. De l’autre côté de l’échiquier, on retrouve la communauté internationale qui a fait une promesse de facto au peuple afghan - " Laissez-nous envahir votre pays pour nous débarrasser des terroristes et vous aurez une vie meilleure ".

 

L’aide promise par la communauté internationale n’est pas arrivée en quantité suffisante pour permettre ces changements. Aujourd’hui, la communauté internationale risque de perdre sa crédibilité tandis que les chefs de guerre défient les accords de Bonn, contrecarrent les initiatives du gouvernement intérimaire et réinstaurent des règlements draconiens à l’endroit des femmes et des fillettes qui perpétuent la crise des droits humains en Afghanistan.

-          Lutter contre le terrorisme

 L'Afghanistan n'est plus la base arrière des attaques terroristes dans le monde.  Si des infiltrations de terroristes internationaux ont bien encore lieu, en provenance du Pakistan et d'autres pays, ce ne sont pas ceux-ci qui mènent la majorité des attaques contre les forces de la coalition. Il est temps d'admettre que nos forces sont harcelées, non par les suppôts d'Al-Qaida, mais par des volontaires issus de la population locale, qui luttent contre la présence armée étrangère, en profitant de la neutralité des paysans locaux, aussi désireux qu'eux d'être débarrassés des étrangers, qui ignorent leurs traditions d'honneur et leur volonté d'autonomie.

         -     Economie

Malgré de solides atouts :

Ressources d' investissements provenant  du secteur bancaire (Fonds en provenance de l’ARTF (Fonds de reconstruction de l’Afghanistan gérés par le BMI), du LOFTA (Fonds Fiduciaire pour la loi et l’ordre) et  des USA via le SPG (Système généralisé des préférences);

Ressources humaines : retour de 4M de réfugiés (avec instruction et capitaux)

Ressources naturelles :

  • Mine de cuivre (China Métallurgical Group Corporation).et minerais rares
  • Gaz naturel et pétrole
  • Pièces précieuses
  • Charbon

Des faiblesses patentes comme : le trafic d’opium, des antiquités et des armes;  le système économique libéral qui  comme chez nous creuse le fossé entre pauvres et nantis (alors que le pays est en croissance (14% en 2007) et que le Revenu annuel 235 $ par habitant; .2/3 population vit avec 2$ par jour). Situation des pauvres aggravée par  la  quasi  inexistence des services publiques


 Cette situation politique, sociale et économique montre les échecs de notre présence en Afganistan

Devons nous nous retirer?

Pas tout de suite, il faut maintenant réussir quelque chose.

1. Privilégier de plus en plus la reconstruction à long-terme de l’Afghanistan, au dépend de l’action militaire.

-          Suspendre immédiatement, soit par l’intermédiaire de l’armée américaine ou par d’autres filières, toute assistance financière, tout appui militaire et toute protection politique aux chefs de guerre extrémistes, commandants régionaux ou tout individu responsable de violations des droits humains durant les 23 années de conflit en Afghanistan..

-          Revenir aux voies traditionnelles de discussions et de négociations. S'appuyer sur les structures locales de pouvoir, les assemblées régionales, les chefs religieux modérés, les propriétaires terriens. Se faire plus discrets dans la guerre,Le sud du pays, puni pour avoir été considéré comme favorable aux talibans, a été négligé dans l'attribution des crédits et des subventions. Les usines, qui apporteraient du travail aux jeunes désoeuvrés, les barrages et les systèmes d'irrigation ne font pas partie des préoccupations principales de la coalition.

-          Négocier avec les talibans. C’est ce qu’Hamid Karzaï a commencé à faire, avec une commission spécialisée. Les Britanniques ont ouvertement négocié avec les talibans à Kandahar et dans le Helmand. Mais il n’y a pas encore d’unité sur ce sujet dans la coalition, les Américains sont très réticents. En Irak, ils négocient pourtant avec d’anciens terroristes pour améliorer la situation…

-          Porter l'effort sur la négociation et la reconstruction. Une partie des coûts énormes de la guerre, 100 millions de dollars par jour (67,5 millions d'euros), 140 milliards dépensés par Washington depuis 2001, permettrait de reconstituer l'armée afghane, autrefois efficace (57 000 soldats afghans actuellement), d'organiser des milices autonomes d'autodéfense, comme s'y sont résolus les Américains en Irak. De rétablir les infrastructures d'avant 1978, pour permettre une vie plus facile pour les populations afghanes. D’aider les 80% d’Afghans qui n’ont pas encore d’eau courante et d’électricité. Tout ça, en allouant moins de 10% des budgets militaires, est envisageable… L’audience des talibans dans la population serait déjà moins forte.

 

2. Le gouvernement de Hamid Karzaï doit lutter contre la corruption de son administration et qu'il réprime le trafic de drogue.

La pacification requiert également une réforme de la gouvernance afghane. Diminuer la corruption par une surveillance plus stricte de l'utilisation des crédits alloués, veiller à ce que les soldats reçoivent effectivement leur solde, et à ce que certaines autorités ne profitent pas impunément des avantages de leur position. Contrôler les voies de passage de l'opium à l'exportation. I s’agit pour les alliés d’aider l’administration et l’armée afghane à être plus crédible et efficace, de lutter contre la corruption et le trafic de drogue, qui font beaucoup de mal au pays.

 

3. Renforcer, former et équiper l'armée afghane. Ce n'est qu'en laissant derrière eux des forces locales capables de contenir les talibans que les soldats occidentaux pourront, un jour, sortir du bourbier afghan sans donner l'impression d'avoir perdu la guerre. Ils auront, ainsi, contribué à rendre notre monde plus sûr.

 

4. Abandonner le pays serait terrible. Cela voudrait dire que tout ce qui a été fait ne servirait à rien. Et on laisserait le pays aux talibans, après ce qu’ils en ont fait dans les années 90 ?